dimanche 13 janvier 2013

Mieux comprendre la symbolique des signes aborigènes

Symboles de l'art aborigène
Symbolique des signes aborigènes, réalisés à partir de différents ouvrages

Avant d'aller à l'exposition sur Papunya au musée du Quai Branly, je souhaitais réaliser une fiche synthétique sur les signes aborigènes, pour un petit groupe me demandant de les guider sur place.

Fiche synthétique sur les signes de l'art Aborigène

Il existe quelques fiches de ce type, mais aucune n'est jamais trop complète. J'ai donc cherché à rassembler ces symboles à partir de différents ouvrages, dont celui de Geoffrey Bardon sur les débuts de Papunya "A place made after the story".

La grammaire aborigène est assez complexe et les signes sont souvent porteurs de différentes significations. Par exemple le trou d'eau avec ces cercles concentriques peut tout autant signifier :
  • un lieu de rassemblement
  • une étape sur un parcours
  • un homme responsable d'une cérémonie
  • un arbre
  • un pic rocheux
  • un feu
  • une mosaïque de sable
Vous me direz, comment est-il alors possible de s'y retrouver ?
Une façon assez pragmatique consiste à repérer tout d'abord le thème général de la peinture.
Les familles des signes vont être ainsi plus segmentés en fonction du sujet dominant évoqué par le peintre.
Si l'on est dans un rêve autour de l'eau, les signes adopteront plus une polarité liée à ce mythe.
Cela sera encore différent dans bien d'autres cas comme celui des cérémonies liées aux rites d'initiation.

Ensuite un signe reste souvent accompagné d'autres éléments permettant de distinguer à quelle dominante il se rattache. Ainsi en fonction des lignes assurant le lien entre deux séries de cercles concentrique, vous allez retrouver avec une interprétation différente :
  • si les lignes sont ondulantes, les cercles concentriques vont signifier des trous d'eau
  • si ces lignes sont droites, il s'agira d'une piste chantée, d'un itinéraire entre deux lieux de repos ou campement
D'autres approches existent encore, l'espacement important entre les cercles concentrique avec un fond blanc, permet de suggérer la lune, et non plus un lieu géographique. De façon assez subtile, les lieux du ciel et de la terre communiquent sous l'emprise de quelques nuances graphiques.

Les trous d'eau peuvent également être représentés avec un graphique plus géométrique, avec des carrés qui remplacent les cercles. Cette approche plus stylisée était également visible dés les premières années de Papunya et reflète différentes innovations picturales déjà bien présentes dans la culture des aborigènes.

Ces mêmes carrés avec un emboitement du plus petit au plus grand, peuvent à leur tour représenter une grotte quand plusieurs ensembles de carrés sont juxtaposés. Ces combinaisons offriront des variations multiples et complexes pour les représentations du cycle Tingari : grande épopée d'ancêtre dans le désert central autour des anciens lacs sur les terres des aborigènes Pintupi. 

La lettre U représente l'être humain dans l'art aborigène et offre également des déclinaisons multiples :
  • Un U seul représente un homme
  • Un U accompagné d'une lance ou d'un nula nula représente également un homme
  • Un U accompagné d'un coolamon (sorte de panier en bois incisé ou décoré qui sert à collecter les racines ou les baies, et dans certains cas rend service comme couffin pour les jeunes enfants) et d'un bâton à fuire, représente une femme
  • Un lieu de rassemblement accompagné tout autour de 4 U, représente des femmes. Il existe des variantes avec des U tous orientés de façon centripète, et d'autres avec 2 U orientés de façon centrifuge, et deux autres en centripète. Les deux variantes représentent également des femmes
Si le document ci-dessus est sans doute beaucoup plus complet que bien d'autres, j'attire néanmoins votre attention sur le fait que de nombreux autres signes existent, autour de la nourriture du bush, des façons multiples de représenter la terre, de traces singulières laissées par l'homme, de peintures corporelles, ou de signes sacrés qui ne sont pas transmis à des non initiés. Dans certaines peintures des premiers temps de Papunya, des pierres utilisées pour accomplir les rituels, sont ainsi représentées sur les toiles sans aucun motifs particuliers, alors qu'elles étaient probablement peintes. Le même cas se présente également pour des boucliers ou des churingas (pierre totémique propre à chaque individu, extrêmement sensible pour les aborigènes, et ne servant qu'à certaines occasions).
En termes de signe il ne faut pas non plus oublier la naissance d'individualité chez les artistes aborigènes, chacun adoptant progressivement un style, des signes adaptés, une façon singulière de mettre en perspective les mythes.

Je n'avais malheureusement pas eu le temps de finaliser ce document pour le groupe qui m'accompagnait. J'espère que celui-ci pourra contribuer à vous éclairer un peu plus face à certaines oeuvres présentées au Musée du Quai Branly. Si vous n'avez pas encore eu l'occasion d'y aller, je vous conseille de ne pas manquer cette exposition (jusqu'au 20 janvier) : elle est unique, acte témoin manifeste d'un mouvement d'art contemporain et témoigne du bouillonnement créatif de ces derniers nomades.

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