dimanche 9 janvier 2011

Musée d'Allauch : le Grand Rêve Aborigène

© Photo Bertrand

Avant de quitter Marseille, nous nous sommes rendus en famille dans le petit village d'Allauch pour découvrir une exposition d'art aborigène au Musée Symboles et Sacré de la commune.

L'espace n'est pas immense mais l'exposition mérite le détour avant sa fermeture le 6 mars 2011.
Les commissaires ont tenté un dialogue habile entre les éléments chrétiens sacrés figurant dans les expositions permanentes du Musée, et cet art d'ailleurs, des antipodes, au graphisme en pointillé.

© Photo Bertrand - Moulin d'Allauch

Des panneaux explicatifs et détaillés font œuvre de pédagogie et suscitent l'intérêt des visiteurs vers cette culture si lointaine et étrangère à nos codes sociétaux et picturaux.
Les signes aborigènes utilisés sur les peintures sont ainsi représentés dans des casiers lumineux, aux côtés de signes chrétiens des premiers âges. Cette proximité factice introduit une sorte de familiarité et favorise une rencontre des peuples.

© Photo Bertrand-Musée d'Allauch : le Grand Rêve Aborigène

J'ai particulièrement apprécié quelques toiles d'envergure, dont celle de Ningura Napurrula ci-dessus. Extrêmement soignée avec une pointillisme d'une grande douceur, elle date sans doute d'il y a quelques années, l'artiste étant de plus en plus aveugle et incapable aujourd'hui d'achever une composition si imposante.

© Photo Bertrand-Musée d'Allauch : le Grand Rêve Aborigène

J'ai bien noté la présence de quelques grandes figures de Papunya dont l'artiste Eileen Napaltjarri avec ces merveilleuses lignes perlées oranges et noires qui figurent un paysage avec une alternance de dunes (cf. photo ci-dessus).

© Photo Bertrand-Musée d'Allauch : le Grand Rêve Aborigène

Deux très belles toiles de l'artiste Naata Nungurrayi ornaient la première pièce du Musée (cf. photo ci-dessus) et une salle à l'étage (cf dernière photo du post avec un quadrillage paysagé subtil).

© Photo Bertrand-Musée d'Allauch : le Grand Rêve Aborigène

Une autre œuvre emblématique de l'artiste Eshter Giles, tout en finesse et profondeur (cf. ci-dessus), faisait écho à celle de Naata, en jouant sur un contraste crème et noir.

© Photo Bertrand-Musée d'Allauch : le Grand Rêve Aborigène

Une composition autour du cycle Tingari - chemin chanté ancestral à travers le désert - de l'artiste Ronnie Tjampitjinpa, met en valeur un des grands maîtres de la première période de Papunya. J'apprécie cette combinaison entre ces cubes et ces lignes avec des décrochages dessinant d'autres lignes invisibles.

© Photo Bertrand-Musée d'Allauch : le Grand Rêve Aborigène


J'aurais peut-être un petit reproche à faire. Les communautés de Papunya et Utopia prédominent dans cette sélection. Certes cela réprésente une bonne part de l'art aborigène. On retrouve ainsi la communauté où celui-ci a émergé en 1970. Puis on passe à Utopia qui n'a peut-être rien totalement inventé mais a donné ses lettres de noblesse à l'art aborigène avec un graphisme souvent traditionnel, audacieux ou accessible avec son fameux pointillisme.

Une exposition ambitieuse comme celle-ci pouvait-elle se limiter à ne couvrir qu'une petite partie du désert central, sans offrir une vue plus large des autres courants créatifs ?

Les familles et amateurs éclairés y retrouveront ce que l'on entend par "art aborigène". Mais ne devrions-nous pas être un peu plus bousculés dans nos schémas d'appréhension de ces formes d'art. La vitalité de ce mouvement artistique le mérite.

Il faut souligner que l'innovation en art aborigène ne vient plus trop du terrain du désert central, mais plus à mon sens :

  • du sud de l'Australie avec les communautés de Tjala Arts, Tjungu Palya,
  • du Kimberley avec Mangkaja Arts
  • ou du Western desert avec Kayili artists ou Warakurna artists

© Photo Bertrand-Musée d'Allauch : le Grand Rêve Aborigène

En tous les cas, félicitations à l'association Wanampi et à la mairie d'Allauch pour cette exposition et le travail documentaire et pédagogique associé.
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