lundi 18 février 2008

Visite à Bruxelles de l'expo les grands maîtres du désert Australien

Et bien finalement, j'ai fini par aller faire un tour à Bruxelles, au 221 avenue Louise, dans la galerie BRENART. Depuis quelques semaines elle accueille une exposition d'art aborigène avec quelques maîtres du bush australien, dont une grande partie des peintures proviennent de la galerie "temps du rêve" de Pont-Aven, partenaire de l'évènement.

De passage avec quelques amis, les réactions furent intéressantes.
Certains s'enthousiasmèrent pour les oeuvres en noir et blanc de la grande Dorothée Napangardi. Sur ses toiles, de fines perles nacrées dessinent des chemins symboliques dans le désert. Hier géométriques, son travail s'épanouit aujourd'hui dans des lignes abstraites. L'ensemble constitué de petits points blancs de tailles différentes impriment des effets de volume d'une grande distinction.
Le carton d'invitation de l'exposition comporte d'ailleurs une oeuvre remarquable de l'artiste avec différentes teintes plus traditionnelles. D'autres de tailles plus modestes comme celle-ci ou celle-là sont également visibles.


Les mythes autour du cycle Tingari, déjà évoqués dans d'autres billets, sont également bien présents avec de belles peintures de Walala Tjapaltjarri, de George Ward Tjungurrayi et du grand Ronnie Tjampitjimpa. Je n'ai pas eu l'occasion de prendre des photos, aussi il m'est difficile de vous montrer une des très belle peinture de Ronnie présentée, d'autant qu'elle ne figure pas non plus dans le stock de la galerie de Pont-Aven. Elle représente le rêve de l'eau et se trouve être très proche de cette autre toile de la galerie Jinpa, dont j'accueille ici l'illustration en lien avec leur site.


Sur ces oeuvres de Ronnie, les effets visuels sont assez saisissants. On observe comme les effets de l'onde dans les creux et les déliés. Une certaine vibration de la lumière et du regard renvoit à un effet de brillance recherché par les artistes aborigènes. Ce chatoiement particulier invite le message du rêve dans les yeux du spectateur, plus intensément encore dans sa pensée.

La galerie est vaste. Quelques très belles oeuvres de Gloria Petyarre sont également visibles, en particulier avec des compositions autour des plantes médicinales du bush, comme certains billets précédents.

D'autres amis s'enthousiasment pour le traitement des "bush plum" des soeurs Polly et Kathleen Ngale comme cette peinture présentée dans l'exposition. Une grande pudeur habite ces oeuvres. Les motifs colorés sont progressivement recouverts par un voile blanc d'une grande subtilité. Les mêmes artifices furent utilisés par Emily Kngwarreye, comparé de son vivant à la Matisse de l'art aborigène. Elle disposait des points de couleurs ou nacrés pour recouvrir les motifs traditionnels sacrés, impossible à révéler aux non initiés.


Deux autres toiles de l'artiste Minnie Pwerle attirèrent mon attention. Comme Emily, Minnie commença à peindre dans la dernière partie de sa vie, autour des 80 ans, avec un style très personnel tout dédié aux motifs corporels et aux melons du bush.

Parmi les 60 peintures exposées, d'autres artistes renommés sont visibles, comme l'artiste Ningura Napurrula, Willy Tjungurrayi, Naata Nungurrayi, Lindsay Bird Mpetyanne, Walangkura Napanangka, Linda Syddick Napaltjarri...

Face à quelques oeuvres de l'artiste Kathleen Petyarre, un ami s'interrogeait sur les similitudes entre différentes toiles, avec une certaine déception. Finalement beaucoup de toiles se ressemblent ? Quel est le caractère original ?
C'était une bonne question, touchant l'héritage des rêves transmis de générations en générations. L'ensemble de ces mythes répétés à travers les âges, représentés lors des cérémonies, permettent à chaque héritier d'un ou deux rêves, de les mémoriser puis de les transmettre à son tour. On ne peut ainsi pas vraiment parler de reproduction, mais de pédagogie de la transmission. Les oeuvres d'un artiste reprennent souvent un même mythe avec à chaque fois des nuances, une subtilité, ou une invention particulière. Ce fut bien souvent le cas dans les premières peintures chez nous. Combien avons-nous de "fuite en Egypte" ou de "vierge à l'enfant" chez les primitifs flamands ?

De leur côté, les plus grands artistes aborigènes introduisent une rupture et ré-inventent les rêves avec de nouveaux codes picturaux. Ils restent ainsi cohérents avec le devoir de transmettre et enrichissent le mythe traditionnel avec leur propre talent artistique. Que la création soit classique ou innovante, l'ensemble est porteur de la spiritualité d'un peuple nomade, avec une grammaire abstraite entretenue sur plus de 40 000 ans.

D'autres communautés sont par contre absentes de l'exposition, comme celles fameuses de Papunya ou de Balgo pour le désert australien.

LES GRANDS MAITRES DU DESERT AUSTRALIEN
Du 31 janvier au 8 mars 2008, du mardi au samedi de 11h à 18h Espaces Brenart International, Avenue Louise, 221, 1050 Bruxelles Tel. 02 554 19 50; Fax: 02/649 18 75
http://www.brenart.com/ - info@brenart.com.
Commissaire de l’exposition: Marc YVONNOU, expert en Art aborigène 31 rue Jules Simon 29900 CONCARNEAU
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